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# Lou Cohen au Musée Jenisch : l'aperception du trop connu
- URL: https://www.je-vous-vois.com/lou-cohen-au-musee-jenisch-laperception-du-trop-connu/
- Published: 2026-09-13T16:09:17.000Z
- Updated: 2026-09-13T16:09:17.000Z
- Description: Au Musée Jenisch, Lou Cohen expose des visages écrasés de pastel, des corps aux mains incertaines, des êtres chers déformés par les pleurs. Héritière des têtes d’expression du XVIIIe siècle, elle dessine un monde obèse de son affection, jusqu'au 27 septembre 2026.
- Author: Matis Leggiadro
- Tags: Lou Cohen, Musée Jenisch, exposition Vevey, pastel contemporain, dessin contemporain, Bourse Alice Bailly

Je rencontre Lou Cohen, sans vraiment le savoir, un soir, au Brady, à Paris, puisqu'elle sortait un film. Lou Cohen est réalisatrice, documentariste-express, espiègle-avec-le-cœur. Elle s'intéresse au monde de l'art, en y appartenant complètement. Elle n'a pas le temps d'honorer chaque rendez-vous, et fonce à la Fabrique de Corpus Soi. La Fabrique n'existe pas, mais je me l'imagine ainsi — à propos de Lou Cohen — le lieu du rendez-vous. Je découvre que Lou Cohen dessine tout le temps, entendez souvent, car son truc n'est pas vraiment le passage des heures ; Lou Cohen aime le passage du corps, le passage du visage, du visage et de ses yeux, remontés pour ouvrir le cri, écrasé de pastel.

**Lauréate 2025 de la Bourse Alice Bailly, accordée à des plasticiens de Suisse romande, Lou Cohen est accueillie au Musée Jenisch, à Vevey, jusqu'au 27 septembre 2026.**

![](https://storage.ghost.io/c/26/2b/262b321e-3fc7-4d66-bfd3-cf423495da53/content/images/2026/09/museejenisch-boursealicebailly-juliengremaud-014-web.jpg)

****Photographie** : Julien Gremaud. Vue de l'exposition.

Lou Cohen est héritière du dessin du XVIIIe siècle. Déjà pour les sujets : de son époque, toujours. Pour la technique : le pastel — les couleurs et le regard d'absurde de Chardin sont proches. Et pour un exercice bien connu des cabinets de dessin : **la tête d'expression**. Une formule du dessin qui consiste à utiliser un visage pour faire passer, en fait, l'intensité psychologique.

![](https://storage.ghost.io/c/26/2b/262b321e-3fc7-4d66-bfd3-cf423495da53/content/images/2026/09/1-3.jpg)

![](https://storage.ghost.io/c/26/2b/262b321e-3fc7-4d66-bfd3-cf423495da53/content/images/2026/09/T--te-de-jeune-femme-Greuze--Jean-Baptiste-INV-27007--Recto-D--partement-des-Arts-graphiques-Ouvrir-la-fen--tre-de-partage-de-la-page-T--l--charger-au-format-pdf-1.jpg)

Fig. 1 : ****Lou Cohen**, **Bébé colère*, 2026, Pastel sec sur papier, 42 x 59 cm. Fig. 2 : **Tête de jeune femme*, ****Greuze, Jean-Baptiste**, sanguine, INV 27007, Recto Département des Arts graphiques, musée du Louvre

![](https://storage.ghost.io/c/26/2b/262b321e-3fc7-4d66-bfd3-cf423495da53/content/images/2026/09/lAutoportrait-aux-besicles.-1771-Chardin--Jean-Baptiste-Sim--on-INV-25206--Recto-D--partement-des-Arts-graphiques-1.jpg)

![](https://storage.ghost.io/c/26/2b/262b321e-3fc7-4d66-bfd3-cf423495da53/content/images/2026/09/0-4.jpg)

Fig. 1 : **Autoportrait aux besicles,* 1771, ****Chardin, Jean Baptiste Siméon**, pastel, INV 25206, Recto Département des Arts graphiques, musée du Louvre. Fig. 2 : ****Lou Cohen**, **Ange approximatif*, 2026, Pastel sec sur papier, 42 x 59 cm

Lou Cohen s'attelle à exploser les limites de la feuille. Pour faire pousser les souvenirs ? Le grotesque ? Le politique ? L'impossible suffisance du dessin-représentation ?

> \[Mon dessin\] peut être précis ou plus lâché, devenir cartoon ou trompe-l’œil. Je dessine des personnes que je connais, des visages familiers, ceux de mes amis, ceux de mes ex déformés par les pleurs, des chérubins aussi.  
> **Lou Cohen**

Ainsi le dessin est rétroactif. Il convoque pour la première fois les êtres chers dans leurs dimensions de non-évidence, et sûrement alors : dans leur intime vérité, dans celle qui n'est pas médiatisée, mais qui surgit. Le *ça* de l'Autre est liquide ; il prend l'épaisseur du spectre coloré, de ce pastel inanimé avant l'apparition. 

Dans *Mains approximatives* (2026), l'époque est omniprésente. Un jeune homme est allongé sur un lit, une partie de son corps est nue, le sexe est relâché, libre, en attente. Mais son visage est vissé sur un écran de téléphone, et des mains impossibles sont à côté du corps : touchent le torse couvert d'un t-shirt, touchent une jambe, sans vraiment insister. Peut-être prennent-elles soin de ce corps, qui n'a de tendresse que pour l'encadrement minimal de l'être ? Peut-être sont-ce les mains du jeune homme qui sont approximatives, fixées ainsi au mauvais endroit ? Incapables de saisir les chances qui surabondent ?

Aussi Lou Cohen n'est-elle pas une artiste du slogan ? Car ses titres disent très haut ce que l'image met du temps à livrer.

*Impliqué* ; *Sans pourquoi possible* ; *Tu t'attendais à quoi ?* ...

Un pastel exerce sur moi la force d'un art poétique : *Pastel courage*. Et si c'était cela, et si Lou Cohen dessinait les scènes d'un spectacle qui se jouerait bientôt, au cours duquel une scène de solidarité aurait lieu, éblouirait le public, ou juste elle-même — elle, capable de prendre la main d'un autre, et de lui chanter son bizarre, en quelques couleurs corrosives ?

![](https://storage.ghost.io/c/26/2b/262b321e-3fc7-4d66-bfd3-cf423495da53/content/images/2026/09/8.jpg)

****Lou Cohen**, **Pastel courage*, 2026, Pastel sec sur papier. Encadrement bois 42 x 59 cm

**Ce que disent ces dessins, c'est que le monde est obèse de son affection, de son attendrissement pour l'Autre, pour le canapé aussi, dans lequel on s'écroule, de ses paluches de grand ours déconfit, dans ses pleurs qui abîment les peaux, dans ses éclats d'ultra-puissance, dans ses incertitudes élémentaires. Dans le vide, aussi, qui le constitue.**

Rendez-vous à [Vevey](https://museejenisch.ch/?ref=je-vous-vois.com).

Matis Leggiadro