Nirina Lune : « Le Soleil qui nous dimensionne. »

Nirina Lune cherche la fréquence qui relie les êtres. Avec « Enfant du soleil », elle fuit les idoles et le vacarme. En quête du sacré ?

Nirina Lune : « Le Soleil qui nous dimensionne. »
© Hugo Poirier / Nirina Lune

Je retrouve Nirina au cœur de Paris, dans le coin des lieux que nous avons l'habitude de fréquenter pour échanger à propos du destin. Je lui demande comment va la vie. Elle me répond que ça va, comme on répond tous. Puis elle me parle du football, de ces joueurs pour lesquels elle s'était prise au jeu de l'empathie. Notre entretien commence ainsi, alors qu'elle vient de sortir son nouveau single : Enfant du soleil.

ML Aimerais-tu que l'on parle de la musique comme on parle du football, avec cet engouement contagieux et fédérateur ?

NL Pour moi, nous sommes déjà dans ce monde-là. Que ce soit un big concert ou un big match de foot, il s'agit toujours de cette soif de sacré. Mais moi, j'ai peur de l'idolâtrie, des idoles qui ont remplacé les voies spirituelles ancestrales. Je ressens de l'inquiétude. Il y a tellement de violence, tellement de peur, tellement de panique, à l'idée d'un match perdu, à l'idée d'un concert manqué. Je pense que ce n'est pas un sacré guidé par le pur amour. Le sexe est utilisé à outrance. Big concert et big match de foot sont l'opium du peuple. Pourquoi au fond ? Faire communion ? Mais il y a des arbitres et des prix pour écouter son idole chanter.

ML N'as-tu jamais visé toi-même cette position de sauveur en tant que chanteuse ?

NL Si, bien sûr. Nirina Lune, limite oracle. Puis j'ai ce monde New Age en moi. Mais je le rejette de plus en plus.

ML C'est-à-dire ?

NL New Age est un nom que l'on a donné à une somme de copier-coller absurdes de différents spiritismes. S'il n'y a pas de texte sacré identifiable, il n'y a pas de matrice. Puis, le genre regroupe un tas de gens qui se prennent pour des prêtres. Et je suis heurtée par les appropriations culturelles qu'il génère. Sans parler des étiquetages de genre. L'homme et la femme sont trop identifiables, trop limités à des codes. Ce n'est pas fluide du tout.

ML Que cherches-tu alors, toi ?

NL Une fréquence. Une radio. NirinaFM. Pour trouver des gens. On a tous un canal.

Nirina me parle de son endométriose. De l'hôpital, du temps perdu. Mais aussi de la souffrance nourricière. Au même moment, elle s'inquiète du sort d'une abeille qui rôde sur nos Coca Zéro.

ML Parle-moi de la genèse de ton nouveau single Enfant du soleil.

NL Je l'ai écrit entre Paris et Marseille, sur l'invitation du producteur Labo Klandestino. Après avoir traversé ma période bleue, comme tous les artistes, ma période blues, j'avais envie de récits consacrés au Soleil. Le Soleil qui nous dimensionne et nous brûle les yeux.

ML J'y ai entendu un cri du cœur, doux, pour la vie métissée, pour les corps entre deux eaux. Est-ce que c'est une adresse à tout le monde ?

NL Oui. Vraiment. On n'est pas d'ici. Quelque chose d'astral nous a été subtilisé. Et on attend son retour. Entre temps, on est là, à faire avec.

« Or cet acte consiste en un ressouvenir des objets que jadis notre âme a vus, lorsqu’elle s’associait à la promenade d’un dieu, lorsqu’elle regardait de haut tout ce à quoi dans notre présente existence nous attribuons la réalité et qu’elle levait la tête vers ce qui est réellement réel. »

Platon, Phèdre, 249c, texte établi et traduit par Léon Robin, Œuvres complètes, t. IV, 3, Paris, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, 1933, p. 42

ML Justement, je trouve que tu t'es approchée de nous dans ce dernier titre. Plus d'Auto-Tune. Le glitch s'est déplacé dans l'image, avec le très beau travail d'Hugo Poirier.

NL Oui, je voulais être plus simple. Restent ce beat, cette basse, ce sample hip-hop. J'écoutais beaucoup Neneh Cherry.

ML Il reste aussi ce vêtement blanc qui te suit partout désormais. Qu'est-ce à dire ? Toi qui, pour ton EP Fleur Bleue, portais une robe de mariée blanche.

NL Si j'avais trouvé de la couleur, j'aurais préféré (rire). Promis. Mais, comme d'habitude, le blanc s'est imposé. Une amie m'a dit que je faisais Vierge blessée. C'est peut-être vrai. Depuis le départ de mon papa, et la cérémonie chrétienne qui l'entoura, je prends goût à relire les Évangiles, à m'y perdre. Le réconfort que l'on ressent à lire les paraboles, ça ne me dérange pas qu'on le retrouve dans ma musique. Au contraire, c'est quelque chose qui sonne juste pour moi. Que ma musique puisse protéger, envelopper. Qu'elle puisse faire sanctuaire.

ML Que le monde fasse moins de bruit ?

NL Que le monde fasse moins de bruit.

ML Peux-tu, pour conclure, me confier un souvenir, d'il y a dix secondes comme d'il y a dix ans ?

NL J'étais petite. Nous étions à Madagascar avec mes parents, au contact des animaux. Et je passais des heures devant les fourmilières...

ML Merci.

Matis Leggiadro