Phénix Varbanov : l'immense structure du vide-monde
Du 5 septembre au 4 octobre 2026, Phénix Varbanov signe son grand retour en Chine, avec une exposition majeure à la Red Gate Gallery de Pékin.
Je l'ai toujours appelé Phénix, pour Phénix Varbanov. Je l'ai toujours connu grand seigneur calme du papier xuan, depuis ses ateliers du 10ᵉ arrondissement de Paris. Et je découvre que Phénix est aussi Song Xiaosong, et qu'il revient en Chine. Chercher l'absolu ? Enquêter sur le vide ? Interroger sa mère ? Oublier Paris ?
Son exposition Structures ouvrira du 5 septembre au 4 octobre 2026, à la Red Gate Gallery de Pékin.
Après avoir exposé en mars 2026 au sein de l'exposition collective J'ai fait la saison dans cette boîte crânienne (commissariée par Matis Leggiadro à la Galerie 24b - Paris), où il présenta pour la première fois ses doubles-pages de carnets aux crânes survivants de couleurs structurantes, relever le défi d'une exposition monographique dans le pays d'origine est une gageure. Mais Phénix Varbanov emporte avec lui ses œuvres parisiennes, dont la grande feuille bleue qui m'a initié à son travail, dans son ancien atelier derrière La République.


Comme le précise le critique d'art Xiao Huang, dans un texte rédigé à l'université Tsinghua, le 24 juin 2026 :
Évoquer Phénix Varbanov conduit inévitablement à rencontrer une famille légendaire qui a presque défini un chapitre décisif de l'histoire de l'avant-garde chinoise et des premiers échanges sino-occidentaux. Son père, Maryn Varbanov, pionnier bulgare de l'art textile, a introduit en Chine la « sculpture souple » et l'art spatial moderne, remodelant ainsi le paysage de l'art contemporain. Sa mère, Song Huaigui, fut une icône culturelle qui a accéléré la transformation de la Chine vers la modernité et son premier éveil à la mode. Pour tout commissaire d'exposition ou écrivain, une telle filiation exerce une puissante tentation narrative. Pourtant, se laisser trop absorber par cette légende biographique, c'est aussi risquer d'occulter l'identité fondamentale de Phénix en tant qu'artiste indépendant.
La pratique de Phénix Varbanov se construit dans un corps-à-corps avec le papier. Froissé, plié, déplié, imbibé de pigments puis parfois morcelé ou déchiré, le support est une matière activée, un paysage-ouragan. Cyan, noir et réserves de blanc révèlent des reliefs, des vallées, des cimes, des vortex comme des intimités. Le geste oscille entre maîtrise et hasard, précision et transe : l’œuvre procède moins d’une image préméditée que d’une révélation progressive de la matière. En donnant à l’immense lavis une apparence minérale, Phénix Varbanov contrarie la bidimensionnalité du papier et lui confère une puissance monumentale. Nourrie par ses attaches françaises, bulgares et chinoises, sa pratique ouvre ainsi le dessin au sublime, à l’immanence. Même ses carnets condensent ce vertige, dans une circulation énergique de traits colorés. Et toute la métaphysique de l'artiste tient dans cette constante intranquillité du papier.
Xiao Huang dit de lui qu'il « possède une compréhension profonde du code génétique sous-jacent de l'art chinois de l'encre : le souffle du papier xuan, les subtiles gradations des "cinq tonalités de l'encre" et les variations du qiyun (résonance spirituelle) », mais qu'il n'en garde finalement que l'instinct profond du shi, cette force dynamique qui traverse sa quête de l'infini.
Dans son nouvel atelier parisien, Phénix pose puis disparaît. Une lumière rouge. Une feuille pliée. Une cigarette pour méditer le changement. Et un tirage de Yi Jing pour semer l'existence.


Archives de Phénix Varbanov, 2026.
Ses grandes structures encrées sont des fenêtres, des cavernes comme des leurres, des couettes froissées. Il faut s'y attarder pour comprendre. Il ne s'agit ni de figuration ni d'abstraction, mais bien d'énergie. Celle du monde qu'il nie : Phénix préfère la non-existence et le non-être. La densité de la représentation se heurte ainsi à la petite vie des grandes feuilles, fragiles comme des mouchoirs.
Rendez-vous à Pékin.
Matis Leggiadro