Carole Boinet : La nausée comme méthode

Dans "L’enthousiasme", Carole Boinet transforme la nausée en force motrice. Son sublime roman, méta-littéraire et brûlant, explore un corps féminin au bord de la mort, cherchant dans la langue une manière de reconduire le sens.

Carole Boinet : La nausée comme méthode
Carole Boinet / Crédits photographiques : Dorian Prost

Je rencontre pour la première fois Carole Boinet au Book Bar de l’Hôtel Grand Amour, à Paris, 18 rue de la Fidélité. Il était sûr que j’y croiserais son univers d’êtres : Raya, Didier Varrod ou encore Jean-Charles de Castelbajac… Je surveillais alors son actualité depuis des mois et la parution de son premier roman, L’enthousiasme, chez Stock, au titre franc et immédiatement secondé du trouble, sonna comme une évidence. Il faut dire que Carole Boinet a transformé l’image de la rédaction des Inrockuptibles, lui obligeant déjà graphiquement l’assurance et le doute, luttant contre le vernis stable d’une société qui glisse.

Dans le velours du lieu, qui vient de fêter ses dix ans, Carole Boinet siège discrètement à la table des signatures, au fond de la pièce, face au bar. Elle accueille avec le même œil agile chaque futur lecteur, ami de longue date ou grande inconnue. Le temps et l’humeur semblent glisser sur elle, ou c’est que tout a été dit dans l’ouvrage, qu’y sont consignés sa vie et le reste ?

Un texte méta-littéraire

Le roman de Carole Boinet est curieux, déjà, pour son art poétique assumé ostensiblement. Dès l’ouverture du premier chapitre, on peut lire :
« C’est un mouvement vif et net. Une collision brusque, abrupte. Quelque chose comme un ballon reçu en pleine tête alors que l’on s’est baissé pour refaire son lacet sur un terrain de basket. »