Édito : Ne nous laissons pas noircir par les pages envolées
Le monde de l’édition s’est pris une claque.
Pas hier. Ni avant-hier. Mais depuis de longs mois.
La trumpisation de l’époque a engendré, dès 2025, une conformisation des récits libres. Et si l’état de “compliance review”, comme de censure, semblait réservé aux États-Unis, des satellites d’extrême droite très proches de nous semblent désormais désireux d’empêcher l’être à la source.
Déjà, dans le monde de l’audiovisuel, Canal+ était en train de souffrir. Déjà, depuis son intégration dans le groupe Vivendi contrôlé par Vincent Bolloré, les employés murmuraient : une réduction des soutiens et une redéfinition des priorités.
Depuis le rachat du groupe Hachette par le même ensemble industriel, un amassement très lourd des pouvoirs éditoriaux s’est opéré. Et la littérature aujourd’hui pâtit.
Les Éditions Grasset viennent de perdre leur directeur historique, Olivier Nora. Annonce d’un exil des pensées libres. Les autrices et auteurs s’en vont, peut-être par posture, mais quoi qu’il advienne, c’est une posture efficiente. Et déjà, l’on peut voir ici et là des auteurs et autrices changer de maison d’édition, s’accomplir dans des structures plus petites.
La littérature souffre, et chez Éditions Stock, on s’inquiète, on avertit d’un même exil. « Nous, autrices et auteurs publiés par Stock, assistons consternés à la destruction de notre maison-sœur, Grasset », titre Le Monde ce samedi 18 avril.
JE VOUS VOIS ne pouvait pas passer à côté de cet étiollement qui noircit les pages, et tente de proposer ces prochaines semaines une réflexion sur les potentiels de la littérature.
Nous ouvrons notre dossier avec deux rencontres.
Une consacrée à Yves Torres et aux Éditions du Typhon, qui, dès juillet 2025, me donnaient cette impression d’être du bon côté de l’histoire.

L’autre papier, consacré à Vincent Cespedes, philosophe de l’IA et écrivain prolifique depuis le début des années 2000, ouvre une réflexion sur un peut-être nouvel allié de la littérature.

Quoi qu’il en soit des censures, des rachats-crachats, quoi qu’il en soit des départs, et quoi qu’il en soit des restructurations du faire, la littérature va sans doute connaître un saut de résilience, car dans les pires moments, et après l’étape de la stupéfaction et d’un commun accord sur le fuck off, apparaît une lueur : c’est celle du retour de l’intelligence.
Les livres qui vont paraître vont être scrutés, vont être achetés, et peut-être même lus. Les maisons d’édition modestes vont très certainement prendre de l’ampleur pour accueillir tous ces auteurs nouveaux déplacés. Un militantisme de l’esprit pourrait donner lieu de vie à une nouvelle stimulation de la littérature, en librairie et chez nous.
JE VOUS VOIS est du côté de cet espoir.
Matis Leggiadro