Frédéric Martin : “Je lègue le silence au monde”

Dans le silence massif du monde, Frédéric Martin lègue ses incompréhensions, la douleur et la beauté mêlées. Entre barbarie et lumière, il cherche l’éclair fragile où l’existence respire encore. Au cœur du néant, un instant : la vie recommence.

Frédéric Martin : “Je lègue le silence au monde”
Frédéric Martin
Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. René Char - Feuillets d’Hypnos, 1946

J’ai mis très longtemps à me demander pourquoi je vivais, ce que le fait d’exister signifiait. Pendant des années, je me suis contenté d’avancer, brave petit soldat, sans penser à mes gestes, à mes actes. Je n’étais que le fruit de mon éducation et de ma condition. On ne s’embarrassait guère d’existentialisme chez moi, il suffisait de naître, de mourir et entre les deux de bricoler une vie plus ou moins heureuse où la consommation, signe d’une certaine réussite, prenait place. Le bonheur par omission conditionné au supermarché.

Le Monde est silence.

Il est silence inaccessible.

Je lègue à mes descendances réelles ou supposées, à celles et ceux bercés d’espoirs qui me suivront, mon incompréhension.

Je lègue l’absurde de vivre.

Je lègue les montagnes muettes, des océans à l’écrasante pesanteur, déserts arides, terres infinies, le vent hurlant des typhons, les vagues immenses et les côtes érodées.

DOSSIER n°1 : l’irrévérence
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