Grisélidis Réal : traînées de condensation et d'explosion d'une femme capitale ★ LE GRAND ENTRETIEN POLYPHONIQUE
Portrait polyphonique et incarné de Grisélidis Réal, ce texte échappe à la biographie et à l’hagiographie. Par voix croisées – fils, femmes, proches – il recompose une vie fragmentée, entre absence, création, prostitution, écriture et révolte.
Il y a quelques semaines, Sophie Calle a fait paraître aux éditions Actes Sud son Catalogue raisonné de l'inachevé. Via les canaux journalistiques de la chaîne télévisuelle ARTE, la photographe explique son choix, le cheminement vers le titre d'une encyclopédie de la mauvaise idée, des choses tenues pour écoulées dans le temps. Mais à l'écouter, moi je souris. Car les idées, et même les idées du vide, se redistribuent d'existence en existence, d'être en être. Et je pense à Grisélidis Réal et à ses mémoires posthumes : les Mémoires de l'inachevé (Paris, éditions Verticales, textes épistolaires de 1954 à 1993).
Pourquoi sourire ? Pourquoi penser à elle ?
Parce qu'il y a des vies qui nous surplombent, nous activent et nous transcendent. Parce qu'il y a des trajectoires qui ont compulsé le prisme du vivant pour le livrer au monde, et même en faire une lutte. Parce qu'il y a une femme à partir de laquelle vivre, que l'on soit son fils, une amie admiratrice, une visiteuse du monde ou un écrivain de l'autre temps, c'est correspondre par esprit et c'est dire : je te comprends et regarde, je t'imite, moi aussi je suis inachevé·e.