Helena Minginowicz : "Le lieu du sacré s’est déplacé ; il n’a pas disparu."
Elle peint des visages dévotionnels sur sopalin. Le glitch prolonge la rupture déjà inscrite dans l’iconographie : l’image saturée déborde. Rien à restaurer du sacré ; seulement en éprouver le déplacement, jusqu’à ce que la peinture respire seule.
Je rencontre pour la première fois le travail d’Helena Minginowicz à la Galerie Prima, à Paris. Une apparition vive, presque trop brève, aussitôt avalée par le flux d’autres préoccupations. J’oublie. Puis quelque chose revient : sur Instagram, une certaine @santa___helena peint sur du sopalin des visages dévotionnels, fragiles, tenaces, comme des icônes faites pour ne tenir qu’un instant. J’adhère immédiatement à cette précarité fervente. Me voilà de retour chez Prima, rue Notre-Dame-de-Nazareth. Et nous en sommes là : buveurs des paroles d'une artiste pour laquelle mes questions deviennent très vite des services à thé pour soutenir une pensée ultra-riche de sens et de sentiments.
Entretien avec Matis Leggiadro :
ML Pourriez-vous vous présenter uniquement à travers des images ? Cinq images, tirées à la fois de l’histoire de l’art et de votre propre espace intérieur, mental ?
C’est une tâche difficile, car une telle représentation n’est jamais fixe, elle se déplace sans cesse. Aux différentes étapes des concepts et des idées que j’explore, j’habite des réalités distinctes. Ce sont souvent des œuvres qui, à un moment donné, résonnent fortement avec les questions qui m’occupent, des œuvres qui m’intéressent, m’inspirent, et correspondent à mon état d’être du moment.