Helena Minginowicz : Out of Order à la Galerie Prima, exposition, dates et analyse des œuvres

Helena Minginowicz présente Out of Order à la Galerie Prima, du 8 octobre au 14 novembre 2026. Un voyage nécessaire pour interroger la valeur des images.

Helena Minginowicz : Out of Order à la Galerie Prima, exposition, dates et analyse des œuvres
Vue de l'exposition Out of Order, d'Helena Minginowicz, à la Galerie Prima, jusqu'au 14 novembre 2026. © Matis Leggiadro

Tout part d'un titre que je ne comprends pas : Out of Order. C'est quoi l'histoire ? Une petite fille qui dit Je veux mettre des étoiles !, et à laquelle on doit autoriser l'accès aux étoiles ? Est-ce l'acception anglo-saxonne que je dois ici reconnaître ? His behavior was out of order. Les images d'Helena Minginowicz sont-elles malveillantes, malvenues ? Je ne sais — j'ai l'impression de les reconnaître, et de les avoir attendues. Ou alors, est-ce la société qui dysfonctionne, machine obsolète nécessitant grands soins ? Hors d'usage ? Qui est hors d'usage ? Je n'aime pas ne pas saisir le choix d'un titre, je sais qu'il compte. Et puis, le côté marchand de la formulation me revient : c'est le bordel, il y a de tout, servez-vous. Je sais qu'aucune de ses pistes ne mène à l'autel. C'est un carrefour qui s'amincit et s'explique sous des spots de lumière blanche, rue Notre-Dame-de-Nazareth.

Dans notre entretien avec l'artiste en février 2026, Helena Minginowicz revenait sur la survivance du sacré dans un monde saturé d’images. L’iconographie chrétienne, ses stigmates, ses extases et ses corps suppliciés ne disparaissent pas : ils migrent vers d’autres territoires visuels, ceux de la culture numérique, des GIF, des publicités kitsch et des images populaires. Le glitch serait ainsi une rupture de la représentation, une manière de faire vriller les images et les croyances qu’elles transportent. « Le lieu du sacré s’est déplacé ; il n’a pas disparu », affirmait-elle.

ENTRETIEN/ Helena Minginowicz : « Le lieu du sacré s’est déplacé ; il n’a pas disparu. »
Elle peint des visages dévotionnels sur sopalin. Le glitch prolonge la rupture déjà inscrite dans l’iconographie : l’image saturée déborde. Rien à restaurer du sacré ; seulement en éprouver le déplacement, jusqu’à ce que la peinture respire seule.

À propos des subjectiles favoris, capables de recevoir un tel déplacement, Helena Minginowicz expliquait : « J’avais besoin d’un matériau qui ne prétende pas à l’éternité. Ces œuvres ne parlent pas de permanence ; elles parlent de présence. » En travaillant sur de l’essuie-tout, des sacs plastiques ou des masques jetables, l'artiste met en tension la petitesse de ces supports avec la « permanence supposée de la toile ». Et si la présence de l'image est empirique, c'est particulièrement dans la réminiscence qu'elle provoque qu'on la suppose. Les grands maîtres poussent ainsi vers nous, rappelés plus ou moins nettement dans les compositions d'Helena Minginowicz. La grâce, comme « un bref moment de consentement : à l’image, à soi-même, à l’absence de contrôle. »

REGARD SUR/ Helena Minginowicz, The Kiss, 2026, acrylique sur papier essuie-tout

Helena Minginowicz : Out of Order à la Galerie Prima, exposition, dates et analyse des œuvres
Helena Minginowicz, The Kiss : correspondances visuelles

La piste iconographique. Placée entre un hand spinner et un morceau de damas liturgique, la peinture d'Helena Minginowicz révèle une parenté riche entre trois objets que tout oppose : un jouet contemporain conçu pour tourner entre les doigts, une étoffe précieuse destinée à l'ornementation religieuse et une feuille de papier essuie-tout, vouée à absorber puis à finir à la poubelle. Le rapprochement tient d'abord de la géométrie. Sur le sopalin, les ponctuations gaufrées s'enchaînent en une succession de boucles, de gouttes et de rosaces. Elles dessinent une ornementation répétitive, hypnotique, qui rappelle autant les arabesques végétales des étoffes anciennes que les cycles du hand spinner. Dans les trois cas, le regard est entraîné par un mouvement qui n'a ni commencement ni fin. Le damas liturgique, avec ses entrelacs floraux et ses compositions ton sur ton, surajoute du mystique à la piste iconographique. Ses motifs participent de la mise en scène du sacré, habillent les autels, les vêtements sacerdotaux et les objets du culte. Quant au hand spinner, il introduit le mouvement pour sortir de la crise, de l'anxiété. Le processus est méditatif, parce qu'il est inscrit. Helena rend les traces d'une culture dévotionnelle et d'un glitch social lisibles, prenant le temps de nous annoncer non pas l'arrivée du sacré, ni son retour, mais sa continuité dans les déplacements de la société humaine. Au milieu de tout cela : un baiser, une tentative de baiser. De cet amour que j'imagine non réciproque, dans le sens peut-être d'un appétit idiot d'un côté, et d'un calme trop calme de l'autre, dans le sens finalement d'une non-entente, je veux entendre les cœurs mal pulsés, mais pulsant ensemble, à s'en faire exploser l'anxiété, tant nous sommes surabondés de l'idée des choses, dont nous sommes vivants dans nos croyances.

La machine du sopalin a créé malgré elle du sacré : elle est out of order.

Le sopalin est un sauveur out of order : il absorbe nos désagréments puis meurt.

Je vous donne rendez-vous au 13 rue Notre-Dame-de-Nazareth, à Paris, et ce jusqu'au 14 novembre 2026.

Matis Leggiadro