Joël Person, du bruit des autres aux paradis perdus
Rencontrer Joël Person, c’est croiser un regard qui voit vraiment. Le dessin, chez lui, naît de la fragilité, de la mémoire et d’une peur féconde. Dans le silence du trait, il traîne la vie, l’enfance et la mort, cherchant l’équilibre juste entre regard et monde.
C'est, avant tout, l'histoire d'un sourire vrai. Alors que je m'apprêtais à passer deux jours à Bruxelles, un message me parvint, en 2024, signé d’un certain Joël Person, inconnu à mon répertoire mais lié à des amis communs. Paris, décidément, n’est qu’un vaste village. L'invitation était lancée. Sur un air de pourquoi pas, nous avions fixé un rendez-vous à onze heures, pour l’ouverture du Cabinet de Curiosités Contemporaines de Jonathan F. Kugel. Joël y exposait ses œuvres jusqu’au 2 novembre ; nous étions un 21 septembre.
La spontanéité de son sourire, l’éclat de son regard et la chaleur de son accueil laissaient entrevoir la sincérité de la rencontre. Sur le perron, puis à travers les salles du Cabinet, Joël me guida avec l’enthousiasme d’un ami partagé : Edwart Vignot. Peut-être était-ce lui, en définitive, le moteur de ce hasard. « Je découvre, on discute, puis j’écris », avais-je déclaré pour calmer nos ardeurs esthétiques. Mais découvrir et discuter nous absorberaient un long temps. Et peut-être, deux mois plus tard, serais-je encore en train d’écrire à propos du bruit que provoquait en moi le dessin de Joël Person.
Dans son atelier parisien, face à Montmartre qui s'allume pour dormir, nichés sous une verrière, deux verres ambrés sur une table, assis chacun dans le trois-quarts de l'autre, moi dans le dos d'une planche piquée de dessins, un miroir sur le flanc gauche, et lui, dans le dos de la cuisine et d'un drôle de cheval, face à la lumière bleue de minuit de Paris qui s'éteignait pour nos lumières, nous commencions notre échange.