L’écrivain qui fume la mer : Simon Johannin à Marseille
Simon Johannin écrit comme la mer cogne : fureur, éclats, absences. Marseille le traverse, l’arrache, le polit. Dans ses mots : des crabes, des soleils, des restes, des fils noués. Un être mouvant, libre, dispersé, tenant debout entre colère, eau et lumière.
Il y a des auteurs qui surnagent.
Simon Johannin vit et travaille à Marseille. Sans doute la ville a-t-elle sur lui l’effet d’un mystère ou d’une bouée de sauvetage.
La littérarité de sa plume est folle, traversée de pertes de prises. Pourtant, les ancrages existent, dessinés par une conscience portuaire, volatile, qui absorbe la liberté du senti, du vécu, du vibré. Pour la critiquer, je dois passer par des carrefours, tisser des liens et accepter de me perdre. Quelque chose, dans son écriture, évoque la fureur des Mamelouks — cette rage serpentine qui consume, comme chez Ahmad ibn Muhammad Abû Tahir al-Silafi, au XIe siècle — autant que l’imaginaire baroque, où l’eau fait l’amour, où les dieux confondent les visages des cochers incendiaires, selon les visions de Théophile de Viau.

