DOSSIER n°2 : La pesanteur et la grâce

DOSSIER n°2 : La pesanteur et la grâce
« Deux forces règnent dans l'univers : lumière et pesanteur. » WEIL Simone, La Pesanteur et la Grâce, Paris, Plon, 1948, page 1

Ce nouveau dossier développé sur les mois de janvier et de février 2026 a pour mission de mettre en relief la dynamique ontologique de la création : le paradoxe.

Mais pas n'importe lequel, celui qui, du côté de la spiritualité, active chez les êtres un sentiment étrange de dédoublement comme d'unité transcendante. La pesanteur, comme un poids, comme une retombée, comme une faveur accordée à l'abandon. La grâce comme une sortie, un accomplissement et bien souvent pour les artistes, une lumière, une lucidité de la forme.

Antoine d’Agata, Marseille, vos corps, etc.
« La marge est un mythe. Cette illusion de croire que l’extrême nous parle à partir d’une extériorité absolue... Rien n’est plus intérieur à notre société, rien n’est plus intérieur aux effets de son pouvoir que la violence. Autrement dit, on est toujours à l’intérieur. » Michel Foucault
Helena Minginowicz : “Le lieu du sacré s’est déplacé ; il n’a pas disparu.”
Elle peint des visages dévotionnels sur sopalin. Le glitch prolonge la rupture déjà inscrite dans l’iconographie : l’image saturée déborde. Rien à restaurer du sacré ; seulement en éprouver le déplacement, jusqu’à ce que la peinture respire seule.
Carole Boinet : La nausée comme méthode
Dans “L’enthousiasme”, Carole Boinet transforme la nausée en force motrice. Son sublime roman, méta-littéraire et brûlant, explore un corps féminin au bord de la mort, cherchant dans la langue une manière de reconduire le sens.
Cristina Escobar : sensible est l’âme géographique
Avec Cristina Escobar, FUMAR MATA, mais la vie aussi. Pourtant, ce n’est pas vrai dans les premiers instants du regard. Du joli dessin aux recherches aguerries : dissocier le cœur du regard pour mieux revenir à l’être.
Grisélidis Réal : traînées de condensation et d’explosion d’une femme capitale ★ LE GRAND ENTRETIEN POLYPHONIQUE
Portrait polyphonique et incarné de Grisélidis Réal, ce texte échappe à la biographie et à l’hagiographie. Par voix croisées – fils, femmes, proches – il recompose une vie fragmentée, entre absence, création, prostitution, écriture et révolte.
Joël Person, du bruit des autres aux paradis perdus
Rencontrer Joël Person, c’est croiser un regard qui voit vraiment. Le dessin, chez lui, naît de la fragilité, de la mémoire et d’une peur féconde. Dans le silence du trait, il traîne la vie, l’enfance et la mort, cherchant l’équilibre juste entre regard et monde.
Noëmi Waysfeld : “Avoir les gens sur les genoux.”
Écouter Noëmi Waysfeld, c’est s’arrêter au seuil du velours. Silence requis : elle murmure en yiddish, traverse Barbara, respire Schubert. Une voix disciplinée, rituelle, qui tient ensemble menace et grâce, fatigue et lumière, et fait du chant un lieu presque habitable.
Pierre-Elie de Pibrac : “Que cet univers devienne curieux de toi.”
Rencontrer Pierre-Elie de Pibrac, c’est entrer dans un temps long. Photographe de l’étrange et étranger attentif, il travaille à faire impression du monde. Du Japon à Paris, son regard discret et son visage heureux recueillent la vie là où elle persiste : obstinée.

Ce dossier a été pour nous l'opportunité de rencontrer photographes, chanteuse, dessinateur, dessinatrice, écrivaine et peintresse mais aussi d'aller fouiller une voix du passé : celle de Grisélidis Réal, dans un entretien polyphonique exceptionnel salué par le garant des ayants droits sur l'œuvre de Grisélidis, Igor Schimek.

Je trouve que c’est très beau et fort, alors merci !, SCHIMEK Igor

Merci pour votre confiance. L'aventure ne fait que commencer,

Matis Leggiadro, rédacteur en chef