DOSSIER n°1 : l'irrévérence

DOSSIER n°1 : l'irrévérence
Céline du Chéné ©Christophe Abramowitz/ Radio France

Pour son premier dossier, développé sur les mois de novembre et de décembre 2025, JE VOUS VOIS s'est engagé à la surbrillance de sa ligne : l'irrévérence. Qu'est-ce à dire ?

Emprunté du latin irreverentia, « manque de respect, licence, excès ». Manque de révérence, de respect. Parler, se conduire avec irrévérence. Affecter l'irrévérence. Dictionnaire de l'Académie Française, 9e édition

L'irrévérence qualifie un état d'habitation du monde qui passe par le refus, la non résignation, la révolte et l'absence de soumission et donc à une forme d'ultra singularité. L'être irrévérencieux est celui qui n'écoute pas "les blattes", pour reprendre une formule de Jean-Luc Verna, avec lequel Matis Leggiadro s'est entretenu.

Ce dossier a été l'occasion d'explorer la géographie irrévérencieuse et particulièrement le monde des cabarets, l'espace-temps cabaret et les dimensions de ses créatures.

Nous avons écrit au sujet d'un chanteur, d'une documentariste, d'une créature, d'un cabaret naissant, d'une chanteuse-poétesse, d'un artiste polymorphe, d'une peintresse-chanteuse, d'un écrivain, d'une artiste plasticienne... mais aussi mis en avant des dynamiques de pensée, en accueillant un texte inédit de Frédéric Martin ou une nouvelle noire de Matis Leggiadro.

ORLAN : “Je jouis quand on me dit que je suis belle”
Présidant une salle baignée de soir, au cœur de Paris, ORLAN apparaît : corps baroque, souffle insurgé, beauté renversée. Elle fabrique des vies, des identités, des mondes. Entre colère pure et progrès rêvé, sa voix éclaire les ombres et sculpte la vérité pour qu’on n’en meure pas.
Robi : la prêtresse du Levant hypnotise Paris pour la deuxième fois
Robi traverse nos vies comme une braise indocile : voix nue, geste combatif, cœur cabaret. De ses hymnes blessés à Mantra, elle rallume nos ombres, nous relève, nous rassemble. Artiste-phare, elle veille sur les êtres incertains que nous sommes.
Frédéric Martin : “Je lègue le silence au monde”
Dans le silence massif du monde, Frédéric Martin lègue ses incompréhensions, la douleur et la beauté mêlées. Entre barbarie et lumière, il cherche l’éclair fragile où l’existence respire encore. Au cœur du néant, un instant : la vie recommence.
Victorine [nouvelle noire]
Dans le train lancé vers le Sud, un père tombe, une enfant se relève. Victorine fuit la mort, court dans l’herbe jusqu’au sanglot du ciel. Au cœur du jour sang, une vache veille — et la vie, vacillante, continue de fleurir malgré l’ombre.
L’écrivain qui fume la mer : Simon Johannin à Marseille
Simon Johannin écrit comme la mer cogne : fureur, éclats, absences. Marseille le traverse, l’arrache, le polit. Dans ses mots : des crabes, des soleils, des restes, des fils noués. Un être mouvant, libre, dispersé, tenant debout entre colère, eau et lumière.
GREG : une nouvelle voix triste-claire
GREG dévoile avec Fracture une électro-pop heurtée où se mêlent rage, vulnérabilité et désir homo-amoureux. Entre plaintes sèches, provocations esthétiques et confessions crues.
Elle déteste la terre et les bavards : Nina Childress, presque immortelle
Sous la Coupole, Nina Childress scintille : enfant de l’eau, icône post-punk, autoritaire et irisée, elle avance, mêlée de silence et d’apparitions qui résistent au temps, sans doute ?
Fürsy von Colmar : les nuits décuplées, les clés de sa maison
De la gare surgit Fürsy, éclat fragile et insolent. Dans la nuit parisienne, l’être se dévoile : rire nerveux, cœur cabossé, grâce indocile. Sous la créature, Geoffroy affleure, vivant, drôle, essentiel, cherchant la paix au milieu du vacarme.
Céline du Chéné, de la marge au passage : la révérence aux Autres
Dans les sous-sols du Moulin Rouge, une voix perlée surgit : celle de Céline du Chéné, amie, passeuse de vies, cabaret en clair-obscur. Entre silence, Hardy murmurée, créatures et fidélités, elle éclaire les marges d’une écoute qui sauve et d’un monde qui danse au bord.
Interlope Cabaret : “Aimer, c’est déjà foutre le feu au vieux monde.”
Au Cancan, les créatures enfièvrent la nuit dans un nouveau cabaret immanquable : Interlope Cabaret. “Nous, on compte les étoiles au fond du verre.” Nos années folles ont la peau sensible, mais ont la peau dure.
Blattes, Bible et maquillage : Jean-Luc Verna avant New-York
Chez Verna, la voix mène comme un sort. Corbeau rieur, icône charbonneuse, il parle d’art, de corps, de colère et de rire. Jules veille, Siouxsie tourne, et dans la Villa des Arts scintille une douceur diabolique. On sort hanté, léger, marqué d’une ombre brillante.

Merci pour votre confiance, l'aventure commence,

Matis Leggiadro, rédacteur en chef